Collaboration / Coopération

Sommaire

  • 1 Collaboration
    • 1.1 Apprentissage collaboratif
  • 2 Coopération
    • 2.1 Apprentissage coopératif
  • 3 Apprentissage coopératif vs apprentissage collaboratif
  • 4 Apprentissage coopératif vs apprentissage en groupe
  • 5 Caractéristiques d'une tâche motivante
    • 5.1 Caractéristiques d'une tâche collective motivante
  • 6 Liens pour approfondir

 

« Plus qu’un travail de groupe, des stratégies pédagogiques variées sont développées pour apprendre ensemble. Elles s’appuient sur l’interdépendance positive, la fonction sociale et cognitive du dialogue, l’émergence de l’autonomie. Elles se fondent également sur le développement des capacités de coopération permettant d’apprendre à travailler ensemble : explicitation et construction de la connaissance, acceptation des idées et des actions de l’autre. » (Alain Derycke)

« La collaboration et le partage de connaissances facilitent l’apprentissage, lequel est essentiellement considéré comme un processus social qui accorde une place prépondérante aux interactions sociales (e.g., Doise & Mugny, 1981 ; Vygotsky, 1985 ; Webb & Palincsar, 1996). Cependant, on assiste dans cette société cognitive à un paradoxe où ce n’est pas la connaissance en elle-même qui a de la valeur, car celle-ci devient très rapidement obsolète, mais la capacité des membres d’une communauté à produire ensemble de nouvelles connaissances. Dès lors, le fait de savoir comment amener une communauté à mutualiser ses connaissances et à collaborer pour en produire de nouvelles devient stratégiquement plus important que les connaissances elles-mêmes. Autrement dit, le processus collaboratif devient plus important que le résultat de la collaboration. » (Nicolas Michinov, 2006)

Avec le Web 2.0 sont apparues les interfaces qui permettent aux internautes d'interagir à la fois avec le contenu des pages mais aussi entre eux : le web est devenu interactif, communautaire et collaboratif.

Collaboration

« Travailler ensemble » : élaboration en commun d’une solution négociée et consensuelle.

Selon le Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française (2006), est collaboratif « ce qui, dans un environnement informatisé ou en ligne, vise à favoriser la collaboration entre pairs en permettant d'échanger et de partager des compétences pour mieux réussir un projet commun ».

« Dans le cas d’un travail collaboratif, il n’y a pas de répartition a priori des rôles : les individus se subsument progressivement en un groupe qui devient une entité à part entière. La responsabilité est globale et collective. Tous les membres du groupe restent en contact régulier, chacun apporte au groupe dans l’action, chacun peut concourir à l’action de tout autre membre du groupe pour en augmenter la performance, les interactions sont permanentes : c’est la cohérence du collectif qui permet d’atteindre l’objectif. Le mode collaboratif est plus difficile [que le mode coopératif] à mettre en œuvre car il implique davantage l’humain (ce qui pose souvent des problèmes d’ego), mais sa performance est sans égal : la capacité d’un groupe à valoriser son capital humain est une marque d’Intelligence Collective.» (DismoiTIC.net)

« L’activité est synchronisée et coordonnée de manière à construire et à maintenir une conception partagée d’un problème. » (Roschelle J. & Teasley S., 1995))

Les caractéristiques spécifiques à la collaboration sont succinctement les suivants :

  • Objectif partagé par la communauté
  • Interactions sociales importantes
  • Engagement des participants
  • Co-construction de signification partagée. (Lewis, 1997; Minier et Brassard, 1999; Daele et Lusala, 2002)

Ainsi, un préalable au travail collaboratif est la construction d'une sémantique commune pour les termes utilisés dans la communication au sein d'un groupe : l'émergence d'un consensus, la construction de significations partagées est le premier indice d'émergence d'une communauté de pratique.

L'apprentissage collaboratif est davantage utilisable avec des publics adultes en raison de l'autonomie exigée de la part des apprenants. (Henri et lundgren-Cayrol, 2001)

Voir : des outils collaboratifs.

Apprentissage collaboratif

« L’apprentissage collaboratif résulte du travail individuel soutenu par des activités de groupe ou d’équipes. L’élève partage des ressources avec le groupe et utilise le travail réalisé en groupe pour apprendre et continuer à apprendre par sa participation au travail poursuivi. La structure de l’activité est souple et ouverte. Les parcours d’exploration et de découvertes sont libres. Dans le cadre d’un travail réalisé de façon collaborative, il n’y a pas répartition du travail entre ses participants. En effet, ces derniers travaillent ensemble à chaque étape de l’élaboration du travail, ce qui ne va pas sans conflit. Il est, par ailleurs, impossible, une fois le travail réalisé, d’identifier le travail fourni par chacun. Tous les participants sont égaux face à l’objectif à réaliser. Ce type de travail se base sur les capacités de communication et d’interaction de chacun. L’écriture collective des articles composant l’encyclopédie Wikipédia en est un exemple.» (M-F. Blanquet)

« L’apprentissage collaboratif implique une stratégie pédagogique favorisant l’interdépendance cognitive et sociale entre les apprenants, et donne un rôle actif aux agents éducatifs. Les grands principes de l’apprentissage collaboratif sont les suivants : interagir avec les compétences et les connaissances des autres et stimuler le développement du raisonnement et de la pensée critique. » (Alain Derycke)

L'apprentissage collaboratif repose sur une démarche pédagogique qui s'inscrit dans une approche socioconstructiviste de l'apprentissage qui suppose :

  • une relation nécessaire avec les autres apprenants
    L'individu construit ses propres connaissances dans l'interaction sociale via les échanges, la confrontation, la négociation et le partage d'idées, où le conflit socio-cognitif joue un rôle important.
  • un regard réflexif de l'apprenant sur ses propres représentations.

La cognition distribuée est une approche qui propose de voir l'apprentissage collaboratif sous l'angle de la communauté de pratique, dont les membres reconnaissent que le savoir ne réside pas essentiellement dans les individus mais qu'il est plutôt distribué parmi eux. (Brown et Campione, 1995)

Coopération

« Opérer ensemble » : partage des tâches entre les différents participants et une mise en commun par juxtaposition des apports de chacun.

On parle de travail coopératif quand deux ou plusieurs personnes travaillent conjointement dans un même objectif, chacun ayant à sa charge une part bien définie du travail à réaliser.

« Le mode coopératif résulte d’une division négociée (rationalisée) a priori d’une tâche en actions qui seront attribuées (réparties) entre des individus qui vont agir de façon autonome. Les interactions se limitent à l’organisation, la coordination et le suivi de l’avancement (souvent sous la responsabilité d’un individu chargé de s’assurer de la performance individuelle de chacun). La responsabilité de chacun est limitée à garantir la réalisation des actions qui lui incombent : c’est la concaténation progressive et coordonnée du fruit de l’action de chacun qui permet d’atteindre l’objectif. » (Jean Heutte, 2003)

« Une certaine division du travail existe dans toute collaboration mais celle-ci est spontanée, basée sur un engagement, un désir de participation libre, alors que dans la coopération, elle est demandée et raisonnée. » (M-F. Blanquet)

« Au contraire de la compétition, la coopération favorise les interactions entre les élèves, la responsabilité de chacun envers les autres et le développement d'habiletés sociales. » (Donald Long)

Apprentissage coopératif

« L’apprentissage coopératif est une méthode pédagogique qui favorise l’apprentissage actif des élèves regroupés en petits groupes hétérogènes. L’apprentissage coopératif, c’est apprendre à coopérer et coopérer pour apprendre. Cette méthode favorise le soutien et l’entraide entre les élèves qui sont motivés par l’atteinte d’un objectif commun. Le travail à réaliser est structuré afin d’assurer la participation équitable de tous les coéquipiers. Guidé par les rôles et les tâches qui leur sont confiés, chaque élève d’une équipe est responsable des savoirs qu’il met à contribution au sein de son groupe de travail. Les élèves joignent ainsi leurs idées et leurs forces pour apprendre en collaboration et réaliser l’objectif commun. » (Profweb)

« L'apprentissage coopératif renvoie aux activités partagées où chacun fait une partie du travail sans se préoccuper directement de la partie accomplie par les autres membres de l'équipe. On partage ici un produit mais pas un apprentissage puisque chacun apprend à travers l'exécution de sa propre partie. » (Thierry Karsenti & Monique Brodeur)

« Dans cette forme de travail, l’élève est responsable de sa propre production, mais il doit aussi apprendre à interagir avec les autres participants afin que le travail final soit cohérent.» (M-F. Blanquet)

« Les interactions coopératives sont structurées à l’avance par les agents éducatifs. » (Alain Derycke)

« Pour qu’on puisse parler d’une tâche coopérative, cette dernière doit être formulée de manière à ce qu’un étudiant seul ne puisse pas la résoudre, c’est-à-dire qu’elle nécessite une réelle coopération entre les membres du groupe. En quelque sorte, il faut qu’il y ait "dépendance" des étudiants les uns par rapport aux autres. Les étudiants coopèrent tout au long de la tâche. » (Marcel Lebrun, 2004)

Pour Cohen (1994), l’apprentissage coopératif, consiste à « faire travailler les apprenants en groupe suffisamment restreints pour que chacun ait la possibilité de participer à une tâche collective qui a été clairement assignée. De plus, les apprenants sont censés réaliser la tâche sans la supervision directe et immédiate de l'enseignant. »

Apprentissage coopératif vs apprentissage collaboratif

Ci-dessous, un tableau de synthèse qui présente l'essentiel des différences entre ces deux types d'approches, selon Panitz (1996).

Apprentissage coopératifApprentissage collaboratif
Accent sur le produit. Accent sur le processus.
Structure d'interaction conçue en fonction de l'atteinte d'un but ou de la production d'un livrable. Une philosophie de l'interaction, un style de vie.
Basé sur la coopération et non sur la compétition. Basé sur le consensus et non sur la compétition.
Création, analyse et application systématique d'un ensemble d'étapes à suivre pour organiser les interactions sociales. Organisation adaptable, approche par la découverte, approche contextuelle.
Lié à un contenu spécifique. Ouvert à des contenus globaux.
Directif, contrôlé par le professeur. Libertaire, gestion par le groupe, après négociation et orienté selon les intérêts et les affinités des pairs.
Aborde les contenus de façon traditionnelle (compréhension de la connaissance, cognitivisme). Aborde les contenus sous l'angle d'un construit social (socioconstructivisme, organisation apprenante).
Evaluation du travail par le professeur. Evaluation du travail par le groupe lui-même ou, éventuellement, par la communauté élargie.
L'autorité demeure entre les mains du professeur, peu de pouvoir aux apprenants, l'important étant l'atteinte du but fixé par l'enseignant. L'autorité est éventuellemnt complètement transférée au groupe.

 

Apprentissage coopératif vs apprentissage en groupe

Pour Alain Derycke, l’apprentissage coopératif va plus loin que le simple apprentissage en groupe. Il les distingue de la manière suivante :

Apprentissage coopératifApprentissage en groupe
Interdépendance positive. Absence d’interdépendance.
Hétérogénéité dans la composition du groupe. Homogénéité dans la composition du groupe.
Partage de la fonction de leadership. Un leader par groupe.
Responsabilité de chacun des partenaires. Responsabilité de soi-même.
Accent sur la tâche et la gestion de l’interaction pour la réalisation. Accent exclusivement sur la tâche.
Formation pour le développement des compétences au travail en équipe. Méconnaissance des compétences requises pour le travail en équipe.
Position active de l’agent éducatif qui observe et intervient dans l’interaction. Position passive de l’enseignant qui ne prend pas une place d’acteur (médiation) dans l’interaction.

 

Caractéristiques d'une tâche motivante

Pour Rolland Viau (2000), une activité d'apprentissage est motivante lorsqu'elle :

  • est pertinente sur les plans personnel, social et professionnel
    C'est à dire, lorsqu'elle est signifiante et qu'elle conduit à un résultat en accord avec la vie courante.
  • est diversifiée et s'intègre aux autres activités
  • a un caractère interdisciplinaire
  • est productive
  • représente un défi pour l’élève
  • exige un engagement cognitif de l'élève
  • responsabilise l’élève en lui permettant de faire des choix
  • permet à l'élève d’interagir et de collaborer avec les autres
    Selon Viau, le travail collectif des élèves « favorise la perception qu'ils ont de leur compétence et de leur capacité à contrôler leurs apprentissages ».
  • comporte des consignes claires
  • se déroule dans une période de temps suffisante

Caractéristiques d'une tâche collective motivante

Une des problématiques majeures de l'apprentissage coopératif tient au moyen d'induire des interactions fructueuses entre pairs. Celles-ci dépendront directement du degré de motivation des apprenants pour la tâche collective qui leur sera proposée.

Selon les théories modernes de la motivation, trois besoins fondamentaux constituent les fondements de la motivation intrinsèque :

  • Le besoin d’appartenance sociale
    Il correspond à une nécessité d’entretenir avec autrui des relations sociales satisfaisantes et enrichissantes. La coopération entre élèves, l’abandon d’un système de compétition, les moyens dits « relationnels » mis en œuvre par les « pédagogies actives » constituent autant d’éléments favorables à la satisfaction de ce besoin d’appartenance sociale.
    Il suppose :
    • le soutien d'une communauté,
    • un climat positif, de confiance,
    • la proximité des contacts,
    • le sentiment de ne pas se sentir seul.
  • Le besoin d’autodétermination (ou besoin d'autonomie)
    (C’est à dire le besoin de se sentir être à l’origine de ses propres comportements)
    « la personne décide volontairement de son action et est elle-même l’agent qui réalise cette action de sorte qu’elle est en congruence avec elle et qu’elle l’assume entièrement.» (deCharms, 1968; Deci et Ryan, 1985). Ce besoin est respecté par la place accordée à la créativité, à l’expression libre ou à la recherche libre, ou plus généralement par une pédagogie qui offre à l’élève de multiples possibilités de faire des choix.
    Cela suppose donc que l'apprenant :
    • ait la possibilité d'effectuer des choix,
    • ait la possibilité d'influer,
    • ait le contrôle, la maîtrise d'un processus.
  • Le besoin de compétence
    Il correspond à une nécessité de développer des comportements offrant une satisfaction liée à la réussite et à un sentiment de progrès. Les activités présentant un « décalage optimal » entre la difficulté de la tâche et le niveau de compétence de l’élève sont, de ce point de vue, favorables à l’émergence d’une motivation intrinsèque.
    Ce besoin répond lui-même aux besoins suivants :
    • besoin d'auto-estime (estime de soi) : se sentir capable, se sentir efficace, oser, relever le défi,
    • besoin d'accomplissement, de réalisation de soi,
    • besoin d'estime, de reconnaissance et de respect.


    Paris et Turner en 1994 ont ainsi énoncé quatre caractéristiques d’une tâche motivante qu’ils résument sous le signe 4C : Choice, Challenge, Control, Collaboration.
    Marcel Lebrun les résume ainsi :

    • Choix
      La liberté de choix fait appel à la motivation intrinsèque des étudiants et conduit à un libre engagement et, par là, à une implication plus profonde. La nature et le moment des choix peuvent être variés : choix d'une tâche particulière dans un ensemble de tâches, choix des démarches à entreprendre, des ressources à consulter … En fonction des objectifs poursuivis, c’est à l’enseignant que revient le choix de définir "l’espace de manœuvre ".
    • Défi
      Il se situe dans le niveau de difficulté de la tâche. Une activité motivante est de niveau de complexité moyenne, car une tâche trop facile conduit au désintérêt et une tâche trop difficile à l’abandon. Le défi pour l’enseignant consiste à placer correctement le niveau de difficulté de cette activité.
    • Contrôle
      Il est important que l’étudiant puisse évaluer le chemin à accomplir, les compétences à exercer ou à développer, bref, que pour lui, la tâche soit " sous contrôle ". Le contrôle est important pour qu’une relation positive soit établie entre l’autonomie de l’étudiant et sa motivation à persévérer dans la tâche. Il importe à l’enseignant de bien définir les consignes, les objectifs à atteindre, le cadre de l’activité ainsi que son degré d’exigence.
    • Coopération
      La tâche ne doit pas pouvoir être résolue par un étudiant seul, cela, afin d’encourager le travail coopératif et le développement des habiletés sociales et relationnelles. La coopération augmente aussi la motivation des étudiants, car le support social permet de prendre des risques et d’assumer une plus grande responsabilité pour son propre apprentissage.

    Liens pour approfondir

» GLOSSAIRE